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Philippe FIÉVET

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À livre ouvert

L’apparition pouvait paraître d’autant plus incongrue qu’il était peu courant de croiser dans le quartier un félin de cette envergure, tenu en laisse par un cow-boy arborant bandana, bottes Black Jack et chapeau de western à large bord. Cet accoutrement suscitait parfois des réactions surprenantes. Après l’avoir dévisagé longuement sur le trottoir d’en face, un groupe de jeunes un peu turbulents l’avait un jour interpellé: «Eh, Lucky Luke, t’as paumé ton cheval? Et ton chat mutant, il a bouffé du bison?» Sans doute cette «nouvelle génération bruxelloise» ne s’était-elle pas encore parfaitement intégrée au pays du surréalisme, où des femmes nues errent dans la gare au clair de lune, où des hommes au chapeau melon se cachent le visage derrière une pomme ou se dissimulent sous un voile de tulle pour échanger un baiser lugubre avec une compagne anonyme, cet étrange pays des désirs refoulés et des rêves qui ne mènent nulle part, tels des wagons de queue dont le fanal s'éloigne en laissant sur le quai des voyageurs aux pupilles dilatées, un pays où, parfois, contre toute attente, une plume de colombe volette dans le grand ciel bleu, signe dérisoire d’une paix toujours possible. Dans la capitale aussi, plus que partout ailleurs, les apparences étaient souvent trompeuses et les cow-boys, pas plus que les chats ou les Indiens, n’étaient pas nécessairement ce qu’ils semblaient être.

Brûlure indienne, Philippe Fiévet, chapitre 9, pages 176.

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